(II, p 326). Parallèlement, la société démocratique accorde à tout individu le droit d’avoir une opinion personnelle. Tocqueville affirme aussi que le principe de la souveraineté du peuple est le principe «générateur» de la démocratie américaine. ... La séparation des pouvoirs selon Montesquieu. L’Ancien Régime et la Révolution ne sont pas imperméables.Alexis de Tocqueville affirme dans L’Ancien Régime et la Révolution que la Révolution française n’a en réalité fondé un nouvel ordre social qu’en faisant parvenir à maturité ce que les temps antérieurs avaient préparé. La liberté politique a donc disparu avant la Révolution française. Les américains ont fermement maintenu la primauté masculine, qui n’est pas, selon lui, en contradiction avec l’égalité fondamentale des deux sexes ; les américains ont pensé que «toute association, pour être efficace, doit avoir un chef, et que le chef naturel de l’association familiale était l’homme» (II, p 220) Les américains ont réussi à concilier l’égalité démocratique et une sage convention héritée des temps aristocratiques.De façon générale, la démocratie américaine révèle une dualité entre ce qui relève de l’instinct (au sens de tendance, de mouvement irrésistible) et ce qui relève de l’intelligence effort pour régler et tempérer la démocratie à l’aide des lois et des moeurs). La monarchie fut un instrument de la démocratisation, mais un instrument pervers car elle a dispensé la démocratie de se gouverner.Il existe aux yeux de Tocqueville, une convenance perverse entre démocratie et despotisme politique, parce que la démocratie et le despotisme ont ceci de commun d’être apolitiques ou antipolitiques (le despote concentrant en sa seule personne toute la vie politique de la société qu’il tient entre ses mains. Définition de la démocratie : régime de liberté et d’impuissance. On voit ici que pour Tocqueville, l’utilité sociale de la religion est indépendante de sa vérité intrinsèque. Ce qui définit l’homme démocratique, c’est l’individualisme, qu’il ne faut pas confondre avec l’égoïsme.«L’égoïsme est un amour passionnel et exagéré de soi-même», tandis que l’individualisme est «un sentiment réfléchi et paisible qui dispose chaque citoyen à s’isoler de la masse de ses semblables et à se retirer à l’écart avec sa famille et ses amis ; de telle sorte que, après s’être ainsi créé une petite société à son usage, il abandonne volontiers la grande société à elle-même».Une telle approche tend évidemment à distendre infiniment le lien social. La convenance perverse entre l'état social démocratique et le despotisme politique tient à ce que la démocratie et le despotisme sont apolitiques ou antipolitiques (le despote concentrant en sa seule personne toute la vie politique de la société sur laquelle il règne). Comment fonctionnent les élections présidentielles américaines . Chez les modernes, elle est l’usage d’un droit commun. Chaque individu obéit au «pouvoir social» en ne croyant obéir qu’à lui-même, à lui même en tant que membre de cette masse homogène, ce «conglomérat de semblables» tenu pour la seule source de toute autorité. La foi ardente des premiers puritains fait place au respect grave mais superficiel de la démocratie parvenue à maturité. Pour être égaux, les individus sont indépendants et séparés. En Amérique, la Providence est généreuse et maternelle, alors qu’en Europe la Providence, ou nécessité telle qu’elle fut portée par l’Histoire, a débouché sur la Terreur. Le tiers état dans son ensemble s’est enrichi et s’est cultivé, jusqu’à dépasser la noblesse parfois. Alexis de Tocqueville, dont chacun sait qu'il est l'auteur de La Démocratie en Amérique, œuvre publiée entre 1835 et 1840, était membre de l'Académie des sciences morales et politiques et de l'Académie française. 26, Paris, Presses de Sciences Po, 2005, 531 p. La revue Tocqueville, depuis 1979, semestriel (1979-1984, 1992-), biannuel (1985-1991), Tocqueville … Dans ces conditions, à qui l’homme démocratique va-t-il s’en remettre pour penser? Et le législateur interviendra en faveur des plus démunis. Il s’est penché sur l’étude de la démocratie. En cela elle se rapproche du despotisme qui fait de l’indifférence une sorte de vertu publique (car il faut diviser pour régner). Il semble donc hésiter entre une détermination essentiellement sociale et une détermination essentiellement politique de la démocratie. ... Notre esprit suit un mouvement de balancier, entre la foi en les mécanismes réels de notre démocratie et la réalité de l’exercice du pouvoir, sur lequel nous semblons impuissants. Or, aux Etats-Unis, la religion se marie harmonieusement avec la liberté démocratique. » En 1831, Alexis de Tocqueville, un des pères fondateurs de la sociologie se rend en Amérique pour étudier la Démocratie, modèle qui selon lui va s’étendre aux nouvelles sociétés européennes en plein essor politique. I. Une définition de la démocratie à l’épreuve de la démocratisation_____ 39 I.1. Il faut donc écarter et affaiblir tout pouvoir susceptible d’exercer une influence indépendante. Peu après la publication de La Démocratie en Amérique, Alexis de Tocqueville défie les conventions en épousant le 26 octobre 1835 sa maîtresse Mary Mottley, qu'il a rencontrée à Versailles.C'est une Anglaise sans fortune et de six années plus âgée que lui. La caricature de la démocratie (le Far-west, la «dissociété») n’est pas la démocratie. C’est par ces lignes qu’Alexis de Tocqueville concluait en 1840, dans la Revue des Deux Mondes, son article « Des révolutions dans les sociétés nouvelles », un extrait en avant-première du second tome de De la démocratie en Amérique. On doit renoncer à le faire comprendre aux âmes médiocres qui ne l'ont jamais ressenti.»Cette liberté politique, dont la présence ou l'absence a une si grande importance pour le destin général des sociétés, a ainsi sa source dans une expérience inanalysable et incommunicable de certains hommes, dans un don fait directement par la nature, par Dieu à certains hommes. Deux idées-forces sont au cœur de la démocratie : l’égalité et la liberté. La société démocratique suscite la concurrence de tous avec tous, et en même temps cette concurrence doit être abolie, car accepter la concurrence, c’est admettre la possibilité ou même la légitimité d’une certaine inégalité. L’Amérique représente en ce sens l’idée claire de la fondation libre, datée, maîtrisée, tandis que l’Europe en représente le pôle obscur et convulsif. La démocratie américaine, nous dit Tocqueville, est fondée sur l’absoluité de la souveraineté populaire. Les hommes ne sont égaux que pour l’imaginaire démocratique. «Il y a donc des membres, mais point de corps». Ainsi seulement paraît surmontée l'alternative entre les deux formes de liberté, la liberté-privilège de l'aristocratie et la liberté-droit commun de la démocratie. Dans la réalité, ils ne sont égaux ni en fait, ni en droit. Il semble donc hésiter entre une détermination essentiellement sociale et une détermination essentiellement politique de la démocratie. Publié en 1835, on trouve dans cet ouvrage des réflexions sur la nature et les dangers d’une démocratie, et une comparaison entre les systèmes politiques des … Cette inégalité de force entre deux passions contradictoires explique que la Révolution ait établi l’égalité sans parvenir à fonder la liberté politique.Ce que l’histoire de la France manifeste avec éclat, la démocratie américaine en témoigne aussi, mais de manière plus voilée. En démocratie, la richesse est tolérée mais elle doit rester une affaire strictement privée et ne garantir en aucun cas à ceux qui la possèdent une position sociale reconnue et influente.Les conceptions de la liberté sont également opposées. L’emprise de l’idée du semblable sur les consciences est, pour Tocqueville, une transformation de la condition de l’homme. Toutefois ce qui intéresse Tocqueville est l’homme démocratique, et le portrait de l’homme aristocratique n’est brossé que pour servir de toile de fond à celui de l’homme démocratique.Il ne s’agit pas d’une opposition entre deux époques, l’une étant dépassée (la période aristocratique) mais d’une opposition qui reste active au sein même du régime dominé par les valeurs de la démocratie.On sait que rien, dans une démocratie, ne doit échapper au pouvoir de la société sur elle-même («pouvoir social»). Même libre, l’homme démocratique doit obéir, ne serait-ce qu’à lui-même! C’est ce que Tocqueville nomme le «pouvoir social».Le pouvoir social (pouvoir que la société exerce sur elle-même) est celui de l’«opinion publique». «Il est difficile d’être l’ami de la démocratie ; il est nécessaire d’être l’ami de la démocratie, tel est l’enseignement de Tocqueville».«Il est vrai que la démocratie est en un sens très réel l’ennemie de la grandeur humaine ; mais les ennemis de la démocratie sont des ennemis bien plus dangereux de cette grandeur»«Pour bien aimer la démocratie, il faut l’aimer modérément»Pierre ManentPremier extrait(la liberté politique)Or, d'où vient-elle, cette liberté si nécessaire et si souvent absente? Pour en savoir plus, Oups, veuillez renseigner une adresse email valide, La démocratie, un processus inévitable selon Tocqueville, ocqueville et la démocratie, entretien avec Robert Damien, Max Weber, sociologue de la stratification sociale, Fonder la sociologie comme discipline scientifique : Emile Durkheim, « Les Fleurs du mal », les principaux thèmes. La nature de la démocratie moderne n'est pas politique ; la démocratie est une opinion totale sur les choses humaines, qui a des conséquences bouleversantes sur l'ordre politique lui-même, parce qu'elle attaque ce qui était le présupposé même de toute existence politique, sous quelque régime que ce fût, à savoir les liens de dépendance, les influences individuelles, la hiérarchie des notabilités et des patronages, décor immémorial de la vie politique des hommes. Car toute religion est ultimement régie par un dogme, celui de la démocratie est le règne incontestable de l’opinion publique. Ainsi certaines institutions centrales comme le tribunal d’instance ont perduré après la chute de la monarchie. tous comme les anciens romains qui avaient bien compris l’utilité politique de la religion. On ne peut donc achever ce mouvement irrésistible d’égalisation des conditions ; on ne peut rendre la démocratie complètement «réelle». Or, un livre de Michel Onfray « Tocqueville et les apaches » – pour ceux qui n’ont pas le temps de lire toutes les œuvres du quidam – nous éclaire sur les vues de … La clef de la démocratie américaine se trouve donc dans les traits qui distinguent l’Amérique de l’Europe. Si bien que le tiers-état finit par former une nation complète qui n’a nul besoin des nobles et se passeraient même volontiers d’eux et de leurs privilèges. => Repli sur soi, confiance. Dans son éloge de la femme américaine, Tocqueville verse le respect du pouvoir patriarcal au crédit de la religion en Amérique. Premier groupe audiovisuel français, FRANCE TÉLÉVISIONS propose une offre complète de programmes afin que tous les publics trouvent matière à se cultiver, s’informer et se divertir. La démocratie politique découle directement d’une évolution irrémédiable de l’ensemble de la société et de ses valeurs : c’est un processus historique qu’il nomme « égalisation des conditions ». La religion y est une opinion commune, ce qui implique une certaine hypocrisie, commune elle aussi. Mais cette convenance ne définit pas un lien nécessaire, parce que, par une autre convenance, naturelle elle aussi mais cette fois heureuse, les hommes démocratiques, qui veulent être indépendants, veulent l'être aussi dans l'ordre politique» Ibid, pp 170-171. Par l’érosion constante du pouvoir de l’aristocratie ; ce sont d’abord les paysans qui ont cessé d’être les sujets des seigneurs, tout en subissant toujours leur oppression. L’idéal de la société démocratique finit par mettre en péril la société démocratique. Il existe un franc décalage entre le prestige de son œuvre et l’empreinte réelle, ou l’attrait, de sa pensée. 6 chaînes de télévision... Découvrez chaque semaine, les nouveautés éducatives pour apprendre autrement : vidéos explicatives, méthodologie et quiz en ligne. « Avec la démocratie cesse la nature qui assigne des places et des rangs dans un ordre hiérarchique fondé par Dieu. En Amérique, la religion est un instrument entre les mains du pouvoir démocratique.Tocqueville explique la particularité de la religion aux Etats-Unis par ses origines puritaines. Tendance au conformisme, à l’apathie, au délaissement de la sphère publique. Donc plus personne ne va se dévouer ni se sacrifier pour la communauté.Donc, finalement : cette «idée juste de la nature de l’homme» rend la nature de l’homme incapable «des hautes entreprises propres à cette nature», à commencer par les hautes entreprises de pensée. » « Désormais, en démocratie, nous avons à nous réaliser nous-mêmes. Les définitions préalables de la démocratie _____ 39 ... Tocqueville observe ce phénomène avec acuité, définissant un sujet tout en échappant aux disciplines classiques et scolaires. Cette situation a détruit la «liberté politique», (entendez l’esprit de liberté et de responsabilité) qui garantissait le lien entre groupes sociaux pourtant différents et inégaux. Or l’égalité telle que se la représente l’homme démocratique est une abstraction, c’est la raison pour laquelle elle est illimitée. L'idée de démocratie et l'idée de politique sont deux notions entièrement différentes, extérieures l'une à l'autre. Il la présente au contraire comme le ferment d’une nouvelle société. Le pouvoir absolu de tous n’est pas moins avilissant que celui de quelques uns et Tocqueville redoute une nouvelle forme de despotisme que l’usage partiel de nos droits civiques n’interdit pas.Un usage si court de leur libre arbitre (le vote) : «n’empêchera pas qu’ils ne perdent peu à peu la faculté de penser, de sentir et d’agir par eux-mêmes et qu’ils ne tombent ainsi graduellement au dessous du niveau de l’humanité». Ce «pouvoir social» produit donc un affadissement et un appauvrissement de la pensée. Et pourtant, si les conditions se rapprochent, les personnes s’éloignent. La liberté aristocratique est donc fondée sur une idée fausse : selon cette idée, seuls certains hommes sont faits pour être libres. Au contraire les américains voient dans leur religion une religion «naturelle», sur la base d’un christianisme révélé qu’ils ramènent, pour ainsi dire, à l’état laïc (peu de dogmes, peu d’ascétisme et donc une grande tolérance). Redoutable dans la mesure où le pouvoir social soumet toujours plus complètement l’autre au jugement de la masse : si bien que «la douceur est le baume et le poison des sociétés démocratiques». Ainsi, aux Etats-Unis, il n’y a de pouvoir que dans la société, mais ce pouvoir invisible que la société exerce sur elle-même est plus présent, plus actif et plus grand qu’aucun pouvoir connu en Europe. Primauté du présent, effacement de la tradition et de toute préséance, autonomie vont de pair avec une impuissance de l’individu isolé et noyé dans une masse d’êtres semblables. Par là même, l’affirmation de soi ainsi que l’oubli de soi pour un proche sont «naturels» .En revanche, en démocratie : «le soi et l’autre s’érodent mutuellement» et si ces sociétés sont douces elles sont aussi sournoisement tyranniques. Tocqueville en fait un trait caractéristique des sociétés. =>Forte mobilité sociale. La liberté démocratique, c'est-à-dire l'indépendance individuelle, ne devient liberté politique que parce que les hommes ne peuvent échapper à la nécessité de vivre ensemble. La seule passion démocratique qui fait l’unanimité est la passion du bien-être matériel. Tandis que la démocratisation française, issue de l’ancien régime obéit à des principes autres que le principe démocratique. Chez les anciens, la liberté est l’usage d’un privilège. La tyrannie de la majorité selon Tocqueville, De la démocratie en Amérique, II, 7, Je regarde comme impie et détestable cette maxime, qu'en matière de gouvernement la majorité d'un peuple a le droit de … En Amérique, les associations recomposent sans cesse le tissu social que l’égalité des conditions tend à défaire.La démocratie défait le lien social, et le refait, autrement. Pourtant, en démocratie il faut aussi obéir. Aux yeux de Tocqueville, la démocratie américaine est une démocratie modérée et libre, c’est-à-dire une pure démocratie. Penser comme les autres, toute légitimité se trouvant par hypothèse dans le nombre, est donc l’horizon de toutes les démarches individuelles.Finalement, Tocqueville démontre que le présupposé ultime de l’idée majoritaire est que «le plus juste est dans le plus fort» (le plus grand nombre). Pour Tocqueville le risque majeur de la démocratie réside dans le renoncement à la liberté, dont il faut chercher l’origine dans « la passion pour l’égalité » et le repli sur la sphère privée, caractéristiques de la démocratie. En outre cette disposition produit un goût pour les mots abstraits et les idées générales, exprimant le désir de trouver pour toutes choses des règles communes et d’expliquer un ensemble de faits par une seule et unique cause. Mais d’où la démocratie tirera-t-elle les ressources de raison et de sagesse dont elle a besoin pour se modérer elle-même?Selon Tocqueville, seule la religion peut guider et modérer la démocratie. Il en a ensuite comparé les traits avec la société française. Elle obéira par conséquent à ce que la majorité décide en son nom, mais sans admettre totalement le bien-fondé d’une telle obéissance. La médiocrité est l’adjectif qui caractérise le mieux la démocratie. Car les riches n’ont pas «d’esprit, ni d’objets, ni d’espérances communes». Tocqueville a vu dans cette passion de l’égalité, lorsqu’elle tourne spontanément à la haine de toute différenciation et de tout talent, un risque majeur des temps modernes. «L’égalité place les hommes à côté les uns des autres sans liens qui les retienne». Tocqueville s’y interroge sur les causes de « l’impuissance séculaire de la France à fonder des institutions libres»!Une thèse décisive de l’ouvrage est que la Révolution française fut «la terminaison soudaine et violente d’une œuvre à laquelle dix générations ont travaillé». Ils embarquent au Havre le 2 avril 1831 avec des compagnons de voyage en majorité américains et séjournent près de 10 mois, rembarquant de New York le 20 février 1832. Au contraire les idées générales de bien et de mal ne suscitent pas de véritables passions ni n’appellent le sacrifice de sa personne ; l’honneur qui porte sans doute sur des valeurs plus universelles, perd graduellement de sa force. De plus les sociétés démocratiques «peuplées de promeneurs solitaires très affairés» se ressemblent de plus en plus. Tocqueville définit la démocratie non point comme une forme de gouvernement mais comme un état social caractérisé par " l'égalité des conditions". Le ressort de l’ensemble de l’ouvrage de Tocqueville est la comparaison entre l’homme aristocratique et l’homme démocratique ; il s’agit de deux types humains. Ces différences, aussi considérables soient-elles, servent cependant à mettre en valeur le «Même», c’est-à-dire ce que la démocratie américaine et la démocratie européenne ont en commun, à savoir l’égalité des conditions.L’égalisation des conditions est à la fois le fil conducteur de l’histoire européenne et le fait générateur de la République américaine, fille de l’Europe. La religion modère leur ardeur à s’enrichir, notamment en régnant souverainement sur l’âme de la femme, qui décide des mœurs. Qui cherche dans la liberté autre chose qu'elle-même est fait pour servir... Ne me demandez pas d'analyser ce goût sublime, il faut l'éprouver. sont beaucoup plus naturels et chaleureux.Autre exemple : l’honneur est évident et impérieux dans une société aristocratique. En revanche, le besoin d’une religion est inscrit dans la nature de l’homme. Dans son pays - la France - déchiré entre les partis, certains redoutent, d’autres espèrent la continuation de l’avancée de cette démocratie dont une formule de l’époque dit qu’elle «coule à pleins bords».Tocqueville nous fait tout d’abord part d’un émerveillement : la République américaine a été fondée en pleine connaissance de cause par des individus particulièrement entreprenants, compétents et doués. La démocratie elle-même n’est-elle pas notre nouvelle religion? «Ce qui rend les lois américaines si redoutables naît, j’oserais le dire, de leur douceur même» (I, p 111). Quel est leur ressort commun?Les américains voient le monde et conçoivent leurs tâches, leurs droits et leurs devoirs selon l’ opinion fondamentale selon laquelle le peuple est en toute chose souverain. L'éditeur François L'Yvonnet nous présente ce Carnet. «Si bien que tout ce que la Révolution a fait se fût fait, je n’en doute pas, sans elle ; elle n’a été qu’un procédé violent et rapide à l’aide duquel on a adapté l’état politique à l’état social, les faits aux idées et les lois aux moeurs». La démocratie a besoin de règles modératrices et de modérateurs. Aucune influence intellectuelle ou morale n’est tenue pour légitime. En ce sens, cette passion semble bien naturelle. Cette conception leur prescrit de ne jamais obéir à quiconque (dans le cas contraire, je perds l’estime de moi-même). Il montre dans De la démocratie en Amérique qu’elle n’est pas simplement un désordre conduisant à la dissolution de toute vie sociale saine, contrairement aux préjugés du milieu aristocratique. A la limite, le panthéisme, observe Tocqueville, serait de ce point de vue la religion la plus propre à séduire l’âge démocratique.En résumé, pour Tocqueville, l’homme est naturellement religieux, et la religion offre la possibilité pratique de modérer efficacement les passions démocratiques en soumettant cette société, à un dehors, relevant de la pure nature, la nature de l’homme naturellement religieux. Le «Far-west» est l’illustration de cette situation, mais Tocqueville y voit la limite extrême de la démocratie et non sa vérité. Elle engendre toutefois ses antidotes, les associations ouvrières. Obéir ne va plus jamais de soi en démocratie. Le couple n'aura pas d'enfant. la démocratie comme idéal ou valeur, qui peut s’écarter de la définition théorique Pourtant, les dictionnaires de philosophie admettent unanimement un seul sens à « démocratie ». L’ancien despotisme était violent et restreint. Pour Tocqueville, la marche vers la démocratie ne peut être entravée et ne doit pas l’être. On peut retenir trois dimensions de l’« égalisation des conditions » : L’égalisation des conditions et la démocratie entretiennent une relation dialectique dans la mesure où l’essor du sentiment égalitaire est le substrat de la démocratie. (II, p 109)La liberté constitue pourtant en même temps le remède à ces maux que l’égalité engendre. (p 166)La nouvelle inégalité est donc le fruit de la nouvelle égalité. A l’opinion! Or la guerre égalise les conditions d’une manière radicale et abolit la concurrence de telle sorte qu’elle constitue curieusement un «remède» aux maux de la démocratie. De sorte que «l’on voit les Américains changer constamment de route de peur de manquer le plus court chemin qui doit les conduire au bonheur». Elle conduit en effet à voiler et à ignorer en autrui tous les sentiments, qualités et actions qui tendraient à contredire cette égalité. Les Carnets de l'Herne ont publié la dernière partie de cette œuvre majeure sous le titre Le despotisme démocratique. La reconquête de l’état de nature et l’établissement d’un Etat central se fixant cet objectif en sont respectivement la fin (égalité des conditions de la concurrence) et le moyen (pouvoir central auquel tout le monde s’identifie). En démocratie, pouvoir central et pouvoirs locaux ne sont que les instruments dociles du pouvoir social : «Point de refuge pour l’esprit rebelle dans cette société où tout est et se veut un» (Pierre Manent) (lire : «Du pouvoir qu’exerce la majorité en Amérique sur la pensée» (Tome 1, deuxième partie, chapitre 7)Étant donné que les hommes ne peuvent pas se passer d’opinions, et qu’aucun homme n’est capable de former seul l’immense majorité de ses opinions, il faut bien s’en remettre à d’autres pour former nos jugements… Personne ne peut se passer d’autorités intellectuelles et morales. De cet «état social» résulte évidemment un régime politique, celui dans lequel le peuple est souverain … Tocqueville affirme aussi que le principe de la souveraineté du peuple est le principe «générateur» de la démocratie américaine. Le développement et la vitalité des associations permet au citoyen de se défendre contre les exigences du pouvoir. Ce dernier chapitre est consacré au dernier ouvrage de Tocqueville, l’Ancien régime et la révolution (1856). En d’autres termes, l’extension de la liberté à tous en change la compréhension, et, finalement, la liberté égale pour tous finit par contredire ou annuler la liberté de chacun. On peut dire pour conclure que la démocratie formelle est le remède aux maux produits par la démocratie réelle. On sait que les citoyens des démocraties ont des instincts fort dangereux qui les poussent à s’isoler les uns des autres et à poursuivre d’un amour immodéré les jouissances matérielles. En revanche les gouvernements doivent s’employer à la limiter pour l’empêcher de déshumaniser l’homme en proscrivant toute forme résiduelle d’inégalité. En effet, ce qui tenait ensemble les sociétés précédentes et les sociétés autres, c’est une «hiérarchie de patronages». Sinon, elle risque de provoquer des heurts violents entre les membres de la société (sa famille a payé un lourd tribut à la Révolution française). En offrant à ses contemporains le compte rendu réfléchi du voyage qu’il accomplit aux Etats-Unis de mai 1831 à février 1832, Tocqueville s’est donné pour mission d’être un «éducateur politique». Mais cette disposition compatissante comporte ses limites, car c’est ce n’est que ce qui est semblable à moi que je vise chez l’autre.Chez les aristocrates, la compassion ne concerne que ceux auxquels on se trouve lié par le contexte social et politique (famille, serviteurs, classe sociale). Ainsi la société démocratique est régie par le pouvoir central, expression de la souveraineté du peuple.Cependant, tout ceci reste secondaire par rapport au véritable ressort de la démocratie, sa clef de voûte qui est le pouvoir social. Les révolutionnaires français ont voulu renverser à la fois l’ordre injuste et la religion au nom de l’humanité tout entière. Par la suite, cette «fondation puritaine» s’est combinée avec l’esprit de la liberté qui lui est tout contraire. L’égalité des conditions a pour corrélat l’adoucissement des mœurs. -Les grandes lignes de la pensée de Tocqueville : => Dans une démocratie, tous les individus peuvent accéder à n’importe quelle position sociale. Laissée à elle-même, dispensée de cette nécessité, elle ne produirait qu'une dissociété, une dispersion, comme celle qui règne dans l'Ouest américain". Ainsi, lorsque les hommes en proie à l'idée démocratique sont tenus ensemble par un Etat déjà là, d'autre origine, comme c'est le cas en France, ils s'accommodent fort bien de cette situation, car l'idée qu'ils se font de leur condition est essentiellement apolitique, et, pour autant, antipolitique. Toutefois, Tocqueville n’analyse pas la démocratie comme un simple renouveau de l’ordre juridique et politique, au sein duquel l’égalité entre les citoyens ne serait que formelle. La passion de l’égalité est-elle conforme ou contraire à la nature de l’homme. L’égalisation des conditions Les progrès de la démocratie n’y font qu’un avec l’érosion des influences individuelles.Est-ce encore une société cette collectivité dans laquelle personne ne dépend plus de personne ni ne reconnaît plus l’autorité de personne? Connecte-toi pour accéder à ton espace ainsi qu’à tes contenus préférés ! Le désir d’acquérir et la peur de perdre cumulent leurs effets pour obséder l’âme démocratique et la délivrer de tout autre préoccupations. est davantage l’expression d’une déconnexion entre le développement des valeurs d’égalité d’une part et l’ordre politique qui n’a pas évolué en ce sens d’autre part. Il entre de lui-même dans les grands coeurs que Dieu a préparés pour le recevoir ; il les remplit, il les enflamme. Dans une société qui se veut égalitaire, la conscience des inégalités est très forte. «Je me suis souvent demandé où est la source de cette passion de la liberté politique qui, dans tous les temps, a fait faire aux hommes les plus grandes choses que l'humanité ait accomplies, dans quels sentiments elle s'enracine et se nourrit".» La réponse est décevante et décisive : «Ce qui, dans tous les temps, lui a attaché si fortement le coeur de certains hommes, ce sont ses attraits mêmes, son charme propre, indépendant de ses bienfaits ; c'est le plaisir de pouvoir parler, agir, respirer sans contrainte, sous le seul gouvernement de Dieu et des lois. Que lui reste-t-il à vouloir dans ces conditions? Il constitue le troisième pouvoir générateur de la démocratie.Egalité des conditions, souveraineté du peuple et opinion publique toute puissante sont les «trois principes générateurs « de la démocratie. C’est-à-dire à l’opinion commune, puisque tout autre opinion a perdu toute créance, tout titre d’autorité.Le résultat est la soumission de tous… à tous! Le despotisme démocratique est doux…mais plus étendu et moins apparent. D'une part la liberté politique est la chose la plus indispensable aux hommes s'ils veulent mener une vie pleinement humaine puisqu'elle «crée la lumière qui permet de voir et de juger les vices et les vertus des hommes» ; d'autre part, la présence de cette composante essentielle de la vie humaine n'est ni assurée (on ne trouve pas l'amour de la liberté dans tous les hommes, loin s'en faut) ni susceptible d'être produite à volonté par les hommes (sa seule source est dans la nature). La religion y est tenue pour utile alors que la question de sa vérité est mise entre parenthèses.